ONG Addictes

Des années consécutives de sécheresse ont fait des ravages dans les tribus du sud de Madagascar. La population est de plus en plus coupée de l’alimentation de base et la famine n’est plus une nouvelle. L’exploitation de la forêt et l’agriculture de base sont les principaux sources de nourritures, mais aujourd’hui, 48% des enfants souffrent de malnutrition chronique, dont 13% souffrent de malnutrition aigu. Pendant ce temps, l’eau est transportée du puit à la maison par des femmes, parfois jusqu’à 1 kilomètre. Avec une population croissante, une agitation politique centralisée et un déclin accru des ressources naturelles, la seule aide qui reste à la population est ce qu’elle peut obtenir des organisations non gouvernementales – les ONG.

Une ONG, également appelée société civile, est créée par des personnes qui ne font pas partie du gouvernement. Elle collecte des fonds à partir des cotisations des membres, de la vente de biens et services, des collaborations avec des entreprises à but lucratif, des organisations philanthropiques, des subventions gouvernementales et des sources privées : les donateurs. Ces donateurs bénéficient souvent de réductions d’impôts pour leurs dons. Une ONG reçoit normalement une offre de la part des bailleurs de fonds demandant leurs services au niveau local, national ou international pour servir des objectifs sociaux ou politiques spécifiques et c’est pourquoi certains soutiennent que les ONG devraient être considérées comme des plaidoyeurs.

 

Le financement vient souvent au prix de la liberté. Les ONG sont naturellement contrôlées et influencées par les donateurs. Parfois, le financement gouvernemental est considéré comme controversé parce qu’il peut soutenir certains objectifs politiques plutôt que les objectifs de développement d’une nation. En fait, la plupart des échecs des ONG sont dus à des problèmes de financement ou à un travail contraire à l’éthique qui découle de cette dépendance.

Les ONG sont souvent confondues avec des organisations à but non lucratif – OBNL. Une ONG peut être une OBNL, mais la différence est que les ONG divisent les fonds «supplémentaires» entre leurs actionnaires et leurs propriétaires. Ces fonds supplémentaires font des ONG une affaire juteuse, allant d’une organisation individuelle à une organisation complexe dont les recettes annuelles atteignent 1 milliard de dollars ou plus. Pas étonnant qu’il existe aujourd’hui plus de quarante mille ONG dans le monde. À Madagascar seulement, un pays avec peu ou pas de plans de développement, il y avait 789 ONG en 2013.

De retour dans le sud, le système est basé sur les valeurs ancestrales, les traditions dictent de nombreux aspects de la vie et de la mort d’un individu, le rôle de la famille, la langue, la durabilité sociale et économique. Ici, la méthode moderne n’est pas toujours la bienvenue et la résistance au changement fait échouer bon nombre des projets. Mais dans le desespoir, les bénéficiaires vont prendre tout ce que les 4×4 des ONG apportent. Les dons peuvent être: argent, nourriture, médicaments, matériaux de construction, bétail, outils, cours de classes, transports, plastiques, semences, emplois … Une poignée d’entre eux sont convaincus par la mission annoncée , mais la majorité sont là pour profiter de cette aubaine.

Les ONG, comme toute société basée sur les revenus, doivent coexister, rivaliser et maximiser leurs profits. Les affrontements entre ONG en raison de conflits d’intérêts ne sont pas rares. En tant que photographe, j’ai eu accès aux sites et aux opérations de plusieurs ONG, j’ai discuté avec des travailleurs et des bénéficiaires, j’ai travaillé ensemble sur des projets et j’ai eu un aperçu précis de leurs méthodes de travail et de leurs défis. J’ai compris qu’ils importent la bureaucratie, soutiennent les brèches dans le système, font rentrer de l’argent, lancent des initiatives rarement suivi de contrôles sur le long terme et, influence la vie des locaux de manière subjective.

 

En un mot, une ONG est une tierce partie, payée et influencée par des donateurs qui pourraient être n’importe qui. Elles n’imposent pas de questions sur les raisons et les intérêts des donateurs, ni d’où vient l’argent. Sur le plan interne, un mécontentement constant s’abat sur la disparité salariale entre les étrangers et les locaux. Entre eux, les ONG qui réalisent des projets de développement sont en conflit avec les ONG qui réalisent des projets d’aide d’urgence; ils rivalisent plutôt que de collaborer à la formation d’un plan de développement cohérent pour vraiment améliorer les conditions.

 

En revanche, les bénéficiaires sont démunis et dépendent de plus en plus d’organisations comme celles-ci. Ils ne savent pas que lorsqu’une ONG donne, c’est pour avoir quelques choses en retour. Les bénéficiaires ne savent pas que lorsqu’ils acceptent l’aide, indépendamment de leurs besoins ou de leur conviction, ils soutiennent et participent à un système corrompu et que leurs gains à court terme ne sont pas gratuits.

Cet article et ces photographies sont dédiés à ceux qui voient dans la solidarité un chemin vers le progrès. Qui sont activement impliqués dans leurs communautés sans l’influences de forces ou de joueurs extérieurs. Qui sont motivés par le changement pour le bien de tous.

 

Des millions de dollars et des tonnes d’aides se sont déjà échoués sur les côtes de cette île, encore plus à venir au profit de tout le monde sauf des Malgaches, quand nous réveillerons nous finalement?

[a collaborative project with: Safidy Andrianantenaina]

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